Nom de l’auteur/autrice :Henri

Prose

Par la fenêtre ouverte

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Prose Par la fenêtre ouverte Un enfant Traces 2023 Par la fenêtre ouverte  Par la fenêtre ouverte, comme une toile d’immeubles peints, un petit carré de ciel, le souvenir de la présence toute proche de la mer, l’entrée du port. Dans la pièce, l’espace s’encombre tellement vite et le canari qui chante dans sa cage ne le soupçonne pas. Il y avait quelques plantes, une photo posée sur la cheminée, des bibelots, napperons au crochet, objets hétéroclites dépourvus même d’inutilité. Un étrange silence régnait entre ces murs traversés toutefois d’appels de voisines criant depuis les étages, partageant de leurs voix tonitruantes chansons de la radio, nouvelles du quartier, des familles, ; vigies myopes et craintives.  Que faire, ras du sol, posé là sans histoire, sans récit, assoupi peut-être, silencieux à coup sûr ? Dehors le coin de ciel bleu uniforme, le minuscule bout de mer mais les cris des oiseaux, mouettes,  goëlands et aussi, assises là, en bas dans la rue, quatre étages plus bas, les vieilles parloteuses, leurs bavardages lointains que le vent aussitôt disperse.  Partir évidemment. Partir comme tous ces navires, solidement amarrés aux bollards sur le port, attendant  ligotés, le moment vers le large. Partir, sans une voile, sans moteur et sans rame, l’ancre disparue, partir à l’aveuglette comme roule un tambour, s’envole une mèche.  Dans ces tourbillons de vent à la croisée des ruelles grimpant en escaliers au sommet de la butte, dévalant vers les places où chantent les marchandes, où fusent les insultes, où s’empoignent ces gens, humiliés habitants, orgueilleux de leur geste.  Tandis que se percutent les semonces, les rires, les caresses, pincements, tour à tour s’annihilent, se troublent, se confondent. Les traces, les relents se perdent ou s’ignorent. Peu à peu, sûrement, s’érige une absence. L’absence de l’avant. Du foyer d’origine.  D’où, sont-ils devenus ? Avant ceux qui parlent, volubiles, ceux qui ont parlé d’eux, de leurs autres avant eux, d’où sont-ils devenus ? Nul ne sait vraiment ce qu’ils furent ; s’ils furent d’ici, de là-bas. Quel là-bas ? Ce que furent leur aventure, leur trépas. Sait-on par quel chemin, avec quelles griffures, ce qu’ils ont emporté, transporté, par delà les cortèges, processions, sépultures, au-delà des mémoires, qui les a racontés ? Où le fil s’est-il détaché ?  Par la fenêtre ouverte, il ne voit qu’un décor. Dans cette pièce factice, assigné à demeure, il attend sans savoir reconnaître l’espoir derrière la peur, s’il demeure un autrefois, s’il existe un ailleurs.

Prose

Un enfant

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Prose Par la fenêtre ouverte Un enfant Traces 2023 Un enfant  C’est étrange un enfant. Il grandit, disparait tout en restant le même, ses questions déposées dans un endroit secret. Il reste quelques traces légères. Disséminées, elles errent, leurs réponses perdues. Les réponses-refus, les réponses-fantômes, les réponses-fermées qui invitent à se taire, toutes ces réponses malaxent, modèlent à son insu des formes ambigües, des masques, des grimaces qui tressent brins à brins de solides cordages, qui trament fils à fils de raides camisoles. C’est étrange un enfant, il grandit, disparait tout en restant le même, rivé à sa fenêtre, regardant le décor, ce petit bout de mer, le ciel par delà le port, une place déserte, des vieilles mammas réunies, parlant malgré le vent qui dévore leurs mots jetés loin, bien loin des fenêtres. C’est étrange un enfant. Violent sans doute. Ou peut-être. Il a tué le nouveau-né mais pour pouvoir survivre, prendre place, exister. Une place… Y trouveras-tu tes rêves, tes délices ? Y trouvons-nous misère, froid, supplice ? Qu’y a-t-il à trouver dans ce qui est figé ? Vaine quête.  Mais, la fureur, les rires, la douceur d’un nuage, le vol, lourd, d’une abeille surchargée de pollen et sur l’horizon courbe, la lueur inégale d’une nuit qui s’achève, les poussières d’extase. Mais les yeux de l’autre, enchanté-e, enchanteur-resse… Avant.  Avant tous les décors, toutes ces fenêtres, quand nous étions encore lumière, nuit stellaire, quand nous étions de sable, dunes, de vent, quand nous étions entailles, grèves, océans, quand nous étions falaise, le pic et le ravin, quand nous étions tout corps, les regards, les visages, quand nous étions rosée, la pluie, nuages, quand nous n’étions pas nous, ni non plus aucun-e autre, quand nous étions toutes et aussi tous les autres, chaque fibre et tissu, chaque fil et tout lien, quand nous étions souffle, mouvement, presque rien.

Dialogues

Un jour je serai grand​

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Dialogues Partir Un jour je serai grand​ Eh Un jour je serai grand _ Un jour je serai grand _ Oui _ Et toi ? Tu seras là ? _ Quand tu m’inviteras à y être _ Et sinon, où est-ce que tu seras ? _ Le lieu n’est pas si important _ Qu’est-ce qui est important alors ? _ La forme _ Quelle forme auras-tu ? _ Celle qui doit être, le moment venu _ Moi, je serai grand _ Le moment venu.

Poèmes

Profession

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Poèmes Profession Cadavres Plis Funambule 2015 Méjan Excursion Profession J ‘aimerais photographier le vide Et dire ma gratitude À ces vastes espaces de peu À ces formes exaltées par la lumière oblique Ces fragments de mémoires Fragments de paysages enchâssés, voluptueux. Je voudrais photographier les odeurs Que tissent les herbes avec les vents Cueillir quelques images, conteur. Un mont, quelques collines, vallons Des couleurs et des lignes des sons Muets, qui se devinent, chansons. Des fleurs – humbles – qui brillent Un fleuve Et la rosée du cœur qui joliment irrigue L’instant.

Poèmes

Cadavres

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Poèmes Profession Cadavres Plis Funambule 2015 Méjan Excursion Cadavres Je vous écris ce jour à la main à la mine Et les mots qui défilent sont autant de morceaux Des segments étriqués des courbes qui s’impriment Sur une feuille blanche… Que vous lirez un jour ? Peut-être ; je ne sais. Seront-ils égarés, ne sont-ils pas futiles ? Et vous, si vous lisez, qui diable êtes-vous ? Quelqu’un que je connais ? Que j’aimerais serrer Fort, contre ma poitrine Une amante, un ami, une inconnue qui chine Entre objets cabossés et rêves nostalgiques A moins que ce ne soit Rêves cabossés et objets nostalgiques… Peut-être sentirez vous cette odeur de poussière Ces parfums d’océan de fleuve ou de vestiaire Et que vous relierez à certains souvenirs ? Mon présent, votre passé feraient une rencontre Improbable et jolie, vous en souviendrez-vous ? À quoi servent ces traits ces formes ces arômes Faut-il qu’ils soient utiles, à fins déterminées ? Les mots qui sont tracés imprimés, ces fantômes Sont-ils vraiment cadavres, simples testaments ? Équivoques, pudiques… Le décès incertain, le corps a disparu.

Poèmes

Plis

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Poèmes Profession Cadavres Plis Funambule 2015 Méjan Excursion Plis Dans les plis de mes draps Dans ceux que font les pages De mes livres d’histoires Dans les plis de ta chair Tendres plis qui me grisent Cette fourche sacrée Dans les plis dérisoires De la matière grise Dans les plis de matière Où la lumière ondule Dans ces plissements d’elle Ballerine fragile Qui danse sous les branches Des  arbres millénaires Gardiens de nos mémoires Mailles fines du temps Dans les plis, les missives Que je n’attendrai plus Dans les plis où se terrent  mystères Où taire l’inconnu Dans les plis de ses lèvres Desseins de tant de rêves Les plis de ses regards Dans ces plis que j’égrène Des pétales volètent Au faîte de leur gloire Puis glissent jusqu’à terre Majestueusement.

Poèmes

Funambule 2015

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Poèmes Profession Cadavres Plis Funambule 2015 Méjan Excursion Funambule 2015 Je glisse sur un fil La chute me dévisage Vers quel côté vais je tomber? À moins que le vertige Ne m’invite… À voler Dessous tout est là Sombre, multicolore, aigreurs Dessous tout s’invente, s’épuise En d’instables lourdeurs. Funambule, je glisse D’erreurs en erreurs…

Prose

Traces 2023

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Prose Par la fenêtre ouverte Un enfant Traces 2023 Traces 2023  Une chambre d’ivresse, une chambre de deuil, une chambre sans paresse, ramure, sans accueil. Une chambre où tout cesse mais ailleurs tout renaît, à l’ombre d’un veil arbre qui paraît calciné, au sommet d’une butte caressée par le vent, dans les eaux brunes du fleuve, sous un ciel revêtu de mille et un tourments. Où aller se cacher ? Dizaine de facettes ou milliers de fragments, dispersés. Que faire d’une présence humaine ? Entourée ou cernée ? Isolée forcément. Perdue, évidemment..  Et parfois, colonne d’air, ce souffle qui tend, offre quelques mots. Et, parfois, des mots sur une feuille qui ouvrent le néant, embellissent ténèbres. Mais décors. Qu’importe ?  Quelques instants de grâce, une petite pièce, de la lumière, penché-e sur son ouvrage, un-e artisa-ne gratte délicatement la couche, sédiments – haine, détresse – jusqu’à laisser apparaître quelque forme, mystère, lumière. Qui la reconnaitra ? Pas celles, pas ceux qui passent et jacassent, la tête tournée à l’envers de leurs corps, les bras tordus, les hanches désaxées, les pieds perdus, les épaules chargées de rage et de remords. Elles, ils passent, se déplacent, parcourent la planète mais jamais ils ne cessent de ne pas être là. Et toi, invisible, tu cherches trouves quelques emblèmes, symboles qui flottent sur la terre, époussettent tes pas. Ton ombre t’accompagne, se déplace avec toi, tout autour de toi mais tes traces s’affacent, se dispersent ; il ne reste rien déjà.

Poèmes

Méjan

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Poèmes Profession Cadavres Plis Funambule 2015 Méjan Excursion Méjan C’est parfois le chemin Qui taille qui serpente C’est parfois l’herbe haute Qui se courbe s’éprend De la terre séchée Du ciel clair désinvolte C’est parfois un automne Patient, qui prend son temps.   C’est parfois une odeur Légère, si peu de notes C’est surtout des caresses L’espace,  coeur en suspens.   C’est un monde de riens Qui m’emplit me délace C’est un monde qui laisse Aller le vent.   Jouer ! dans les hauteurs Jouer ! A la surface D’un monde qui apprend A voir vivre l’instant.

Poèmes

Excursion

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Poèmes Profession Cadavres Plis Funambule 2015 Méjan Excursion Excursion Il a fallu grimper, pousser des portes invisibles Traverser des goulets des espaces encombrés Errer, tournicoter se perdre Dépasser quelques crêtes puis oser respirer.   Pouvoir dire bonjour au vent Hôte de ce plateau de carême Simplement vêtu d’herbes blêmes Qu’indiffère mon passage éphémère Mon pas, lourd à l’équilibre précaire.   Le chemin revêche se tortille En deça de la surface du sol Vers le coeur de la matière Vers la naissance du Temps.   Oser respirer, regarder, tendre l’oreille Sourire à la caresse du vent Laisser entre chaque seconde Toute sa place au temps. Entendre les battements Sentir le jaillissement du sang.   Dans le ciel l’oiseau aux vastes ailes Plane, fait des cercles Adepte et maître des courants. Dans les troupeaux, demandes et réponses Vibrent, résonnent comme un geste Un salut qui me rassénère Fraternité du vivant.   La nuit venue, les rêves créent leurs univers. Au matin, peut-être quelques passerelles Relieront tous ces mondes qui naissent Changent, meurent, souvent se réassemblent. Ici l’herbe et le vent dessinent Peignent, chantent Tandis que, rassuré je me blottis Nourrisson solitaire dans le creux de ma main.

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