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Par la fenêtre ouverte

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Prose Par la fenêtre ouverte Un enfant Traces 2023 Par la fenêtre ouverte  Par la fenêtre ouverte, comme une toile d’immeubles peints, un petit carré de ciel, le souvenir de la présence toute proche de la mer, l’entrée du port. Dans la pièce, l’espace s’encombre tellement vite et le canari qui chante dans sa cage ne le soupçonne pas. Il y avait quelques plantes, une photo posée sur la cheminée, des bibelots, napperons au crochet, objets hétéroclites dépourvus même d’inutilité. Un étrange silence régnait entre ces murs traversés toutefois d’appels de voisines criant depuis les étages, partageant de leurs voix tonitruantes chansons de la radio, nouvelles du quartier, des familles, ; vigies myopes et craintives.  Que faire, ras du sol, posé là sans histoire, sans récit, assoupi peut-être, silencieux à coup sûr ? Dehors le coin de ciel bleu uniforme, le minuscule bout de mer mais les cris des oiseaux, mouettes,  goëlands et aussi, assises là, en bas dans la rue, quatre étages plus bas, les vieilles parloteuses, leurs bavardages lointains que le vent aussitôt disperse.  Partir évidemment. Partir comme tous ces navires, solidement amarrés aux bollards sur le port, attendant  ligotés, le moment vers le large. Partir, sans une voile, sans moteur et sans rame, l’ancre disparue, partir à l’aveuglette comme roule un tambour, s’envole une mèche.  Dans ces tourbillons de vent à la croisée des ruelles grimpant en escaliers au sommet de la butte, dévalant vers les places où chantent les marchandes, où fusent les insultes, où s’empoignent ces gens, humiliés habitants, orgueilleux de leur geste.  Tandis que se percutent les semonces, les rires, les caresses, pincements, tour à tour s’annihilent, se troublent, se confondent. Les traces, les relents se perdent ou s’ignorent. Peu à peu, sûrement, s’érige une absence. L’absence de l’avant. Du foyer d’origine.  D’où, sont-ils devenus ? Avant ceux qui parlent, volubiles, ceux qui ont parlé d’eux, de leurs autres avant eux, d’où sont-ils devenus ? Nul ne sait vraiment ce qu’ils furent ; s’ils furent d’ici, de là-bas. Quel là-bas ? Ce que furent leur aventure, leur trépas. Sait-on par quel chemin, avec quelles griffures, ce qu’ils ont emporté, transporté, par delà les cortèges, processions, sépultures, au-delà des mémoires, qui les a racontés ? Où le fil s’est-il détaché ?  Par la fenêtre ouverte, il ne voit qu’un décor. Dans cette pièce factice, assigné à demeure, il attend sans savoir reconnaître l’espoir derrière la peur, s’il demeure un autrefois, s’il existe un ailleurs.

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Un enfant

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Prose Par la fenêtre ouverte Un enfant Traces 2023 Un enfant  C’est étrange un enfant. Il grandit, disparait tout en restant le même, ses questions déposées dans un endroit secret. Il reste quelques traces légères. Disséminées, elles errent, leurs réponses perdues. Les réponses-refus, les réponses-fantômes, les réponses-fermées qui invitent à se taire, toutes ces réponses malaxent, modèlent à son insu des formes ambigües, des masques, des grimaces qui tressent brins à brins de solides cordages, qui trament fils à fils de raides camisoles. C’est étrange un enfant, il grandit, disparait tout en restant le même, rivé à sa fenêtre, regardant le décor, ce petit bout de mer, le ciel par delà le port, une place déserte, des vieilles mammas réunies, parlant malgré le vent qui dévore leurs mots jetés loin, bien loin des fenêtres. C’est étrange un enfant. Violent sans doute. Ou peut-être. Il a tué le nouveau-né mais pour pouvoir survivre, prendre place, exister. Une place… Y trouveras-tu tes rêves, tes délices ? Y trouvons-nous misère, froid, supplice ? Qu’y a-t-il à trouver dans ce qui est figé ? Vaine quête.  Mais, la fureur, les rires, la douceur d’un nuage, le vol, lourd, d’une abeille surchargée de pollen et sur l’horizon courbe, la lueur inégale d’une nuit qui s’achève, les poussières d’extase. Mais les yeux de l’autre, enchanté-e, enchanteur-resse… Avant.  Avant tous les décors, toutes ces fenêtres, quand nous étions encore lumière, nuit stellaire, quand nous étions de sable, dunes, de vent, quand nous étions entailles, grèves, océans, quand nous étions falaise, le pic et le ravin, quand nous étions tout corps, les regards, les visages, quand nous étions rosée, la pluie, nuages, quand nous n’étions pas nous, ni non plus aucun-e autre, quand nous étions toutes et aussi tous les autres, chaque fibre et tissu, chaque fil et tout lien, quand nous étions souffle, mouvement, presque rien.

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Traces 2023

Menu Prose Dialogue « Haïku » Poème Prose Par la fenêtre ouverte Un enfant Traces 2023 Traces 2023  Une chambre d’ivresse, une chambre de deuil, une chambre sans paresse, ramure, sans accueil. Une chambre où tout cesse mais ailleurs tout renaît, à l’ombre d’un veil arbre qui paraît calciné, au sommet d’une butte caressée par le vent, dans les eaux brunes du fleuve, sous un ciel revêtu de mille et un tourments. Où aller se cacher ? Dizaine de facettes ou milliers de fragments, dispersés. Que faire d’une présence humaine ? Entourée ou cernée ? Isolée forcément. Perdue, évidemment..  Et parfois, colonne d’air, ce souffle qui tend, offre quelques mots. Et, parfois, des mots sur une feuille qui ouvrent le néant, embellissent ténèbres. Mais décors. Qu’importe ?  Quelques instants de grâce, une petite pièce, de la lumière, penché-e sur son ouvrage, un-e artisa-ne gratte délicatement la couche, sédiments – haine, détresse – jusqu’à laisser apparaître quelque forme, mystère, lumière. Qui la reconnaitra ? Pas celles, pas ceux qui passent et jacassent, la tête tournée à l’envers de leurs corps, les bras tordus, les hanches désaxées, les pieds perdus, les épaules chargées de rage et de remords. Elles, ils passent, se déplacent, parcourent la planète mais jamais ils ne cessent de ne pas être là. Et toi, invisible, tu cherches trouves quelques emblèmes, symboles qui flottent sur la terre, époussettent tes pas. Ton ombre t’accompagne, se déplace avec toi, tout autour de toi mais tes traces s’affacent, se dispersent ; il ne reste rien déjà.

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